Gaël Giraud (CNRS) : Moscovici et Karine Berger ont accouché d’une loi bancaire « scélérate »

Gaël Giraud (CNRS) : Moscovici et Karine Berger ont accouché d’une loi bancaire « scélérate »

Les Français en ont-ils conscience ? En cas de crise financière systémique, l'État français serait incapable d'honorer la loi de garantie publique de 100 000 euros par compte. C'est ce qu'affirme Gaël Giraud, chercheur au CNRS lui même passé par les salles de marché. En visionnant cet extrait d'une interview de Thinkerview, de mars 2019, les épargnants sauront à qui demander des comptes lorsqu'ils se retrouveront Gros Jean comme devant.

La vidéo ci-dessus correspond au segment 19:19-20:50 de l'original.

Transcription
* 14:25-16:03
** Invité :
En France nous avons quatre grande banques systémiques universelles au sens où elle cumulent activité traditionnelle de crédit[ et dépôts] et activité de marché. BNP,
SG, BPCE, et CA. Nous sommes les seules au monde a avoir 4 banques universelles systémiques. Elles font courir à l'économie un risque majeur parce que le départment marché financier est tributaire de risques colossaux [] et se repaye sur le départment crédit/dépôts. Ça été caricatural au CA. En interne guerre de gouvernance profonde, le réseau très puissant du CA a protesté c. le département de marché en disant y a pas de raison que ce soit nous qui essyuons vos pertes. Il n'empêche que le CA a fait en 2012/2013 6Mrd de pertes nettes […] Pourquoi c'est très dangereux ? Parce que ce genre de crise et de pertes colossales est inévitable. Et à cause de toute une séries de causes [] ça met en danger les comptes de dépôts des [] Français.

* 16:03-16:56
** Intervieweur :
À hauteur de 72 000 euros ?
** Invité :
100 000 euros par compte, d'après la loi. Or, si une grande banque de type BNP-Paribas faisait faillite, [] au bilan qui fait la taille du PIB français, un peu moins de 2000 Mrd € l'état française incapable d'honorer la loi de garantie publique de 100 000 euros par compte. Et donc, les grandes banques de type BNP-Paribas ont un pouvoir de chantage colossal sur l'État en disant : si vous prenez telle décision nous sommes très mal. Or nos bilans sont très fragiles, contrairement à ce qu'ils racontent dans le public. Donc nous allons mourir, mais si nous mourrons, vous mourrez avec nous parce que vous n'êtes pas capable d'honorer vos propres engagements.

* 16:56-19:19
** Intervieweur :
J'ouvre une parenthèse, le fond de garanti des dépôts bancaires est provisionné à hauteur de ?
** Invité :
Y a un fond européen lié à l'union bancaire européenne, qui est abondé par les banques elles mêmes destiné à les sauver en cas de grosses faillites dans lequel on devrait culminer à en 2023 à 53 Mrd. C'est dérisoire par rapport à la taille de bilan d'une banque comme BNP qui est ≈ 2000 Mrd. […] Au moment de l'effrondrement du système bancaire chypriote, y a eu un commissaire européen qui a eu la très mauvaise idée de dire [] plutôt que perdre de l'argent public à essayer d'honorer [la garantie de] comptes de dépôt [] on pourrait ne pas appliquer la loi. 24h après il s'est repris [] parce qu'il a été averti par les banques elles mêmes que si la Commission européenne dit ça aujourd'hui, les citoyens européens vont comprendre que leurs comptes de dépôt ne sont pas garantis et vont retirer leur argent, [c'est à dire] un 'bank run' entraînant la faillite immédiate de tout une série de banques. […]

* 19:19-20:50
** Invité :
À travers ça y a une capture du régulateur qui fait que les banques dictent à la puissance publique, en Europe, aux É.U., et au Japon, leurs désidératas, via cette menace. Pour en sortir je ne vois pas d'autre solution que de mettre en oeuvre une version ou une autre du Glass-Steagall Act qui avait été décidé par Roosevelt en 1933 c'est à dire de couper les [banques entre d'un côté] le département de dépôts et crédits, [et de l'autre celui de la] spéculation financière. Il se trouve que la loi Moscovi 2013 prétend le faire. Elle a été très très défendue par une députée socialiste d'alors Karine Berger. Et c'est une loi, on pourrait dire d'une certaine manière, scélérate puisqu'elle prétend couper, elle ne coupe pas. Elle ne sépare pas les banques. Frédéric Oudéa, PDG de SG l'a reconnu devant l'AN : en fait cette loi, va nous obliger à filialiser, ce qui est pas couper, 1,5% de nos activités de marché. Il a révélé à ce moment là ce que savait le secteur bancaire savait, à savoir que cette loi prétendait couper sans couper. C'est une loi Canada-dry. […] Tout ça c'était une manière d'anticiper les velléités de la classe politique qui, dans le sillage du discours au Bourget du candidat François Hollande, « mon ennemi c'est la finance », aurait pu avoir l'intention de couper vraiment.

* 20:50-21:45

** Invité :
Il y a quand même un homme politique qui a voulu sinon couper, au moins mettre une cloison étanche, c'est Michel Barnier, commissaire européen à l'époque, qui a proposé une directive européenne permettant d'instaurer une cloison étanche entre entre les activités de spéculation et les activités traditionnelles de dépôt et de crédit mais il a malheureusement été retoqué par le parlement européen. Très vraisemblablement sous-influence qui n'a pas du tout compris l'enjeu de la directive Barnier qui à mon avis était excellente. Énorme sujet sur lequel on devra revenir dans le cas où on aurait l'intention de prévenir de façon sérieuse les conséquences catastrophiques d'un nouveau krach financier, de mon point de vue la première chose à faire c'est de séparer les banques. Sort la puissance publique du piège dans lequel elle est enfermée aujourd'hui.

Voir aussi

Extrait :
Ce sera sans doute la perle de la crise. Karine Berger, députée socialiste, rapporteure du projet de loi dit de « séparation » et de « régulation » des activités bancaires, reprenant la parole en commission des finances après les exposés de MM. Chifflet, Oudéa et Bonnafé, respectivement président de la Fédération bancaire française, président de la Société Générale et directeur-général de BNP-Paribas : « Vos trois exposés laissent paraître que vous n’êtes pas réellement gênés par ce projet de loi ; j’en suis à la fois étonnée et ravie » (1)…

Qu’elle en fût uniquement étonnée n’aurait trahi qu’une charmante simplicité d’esprit. Qu’elle en soit au surplus ravie ne laisse plus le moindre doute quant au côté où elle se tient

Pierre Moscovici Karine Berger

Agoravox TV
http://www.agoravox.tv/actualites/economie/article/gael-giraud-cnrs-moscovici-et-83852

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